"Ces fosses et les nombreux cercueils qu'elles contiennent reflètent toute l'horreur et la calamité du naufrage de Lusitania. La plupart des corps restent non identifiés"
Cork Examiner, 11 Mai 1915

Une longue et sinistre procession
Pour des raisons sanitaires évidentes, les autorités locales et la Cunard conviennent d'enterrer les corps le plus tôt possible. Soixante militaires sont envoyés à Queenstown dès le lendemain de la catastrophe pour creuser trois grandes fosses communes. Le 9 Mai, une centaine d'autres leur prêtent main forte au Old Church Cemetery, le cimetière de la ville. L'enterrement des victimes a lieu trois jours après le naufrage, le 10 Mai 1915. Queenstown et les bourgades aux alentours sont en deuil et tous les commerces sont fermés. Le vice-amiral Coke et le général Hill représentant respectivement l'Amirauté britannique et l'armée ainsi que des officiels représentant les autres autorités locales sont présents sur place. Après la messe, la procession funèbre démarre en partance des bureaux de la Cunard jusqu'au cimetière sous la Marche Funèbre de Chopin. Le cortège est si long qu'il met plus d'une heure à défiler. Il est précédé par un major de la Royal Irish Infantry, 5 membres de la Irish Constabulary, un groupe de pasteurs protestants et 13 prêtres catholiques en robe noire. A l'arrière se trouvent les survivants, des membres de la Cork Corporation et le lord-maire de la ville de Cork ainsi que des officiers de marine. Plusieurs cercueils sont recouverts de l'Union Jack et transportés sur des camions, charrettes et toute autre sorte de convoi jusqu'au cimetière d'Old Church.
L'une des trois fosses communes
Quelques tombes privées sont creusées en plus des trois fosses communes. Ces dernières, dont la plus grande est celle des protestants, contient 69 corps dans 67 cercueils, deux bébés partageant celui de leur mère. On dépose 52 cercueils dans la fosse commune des catholiques et 23 dans la dernière. Un incident pathétique survient lorsque dans l'une des fosses communes, un cercueil est ouvert suite à l'insistance d'un homme persuadé que celui ci contient la dépouille d'un proche. La distinction religieuse étant respectée, l'évêque Browne conduit le service catholique et le révérand Daunt dirige le service de l'Eglise d'Irlande. Des enfants de coeur portent les encenssoirs, les tombes sont bénies et l'hymne chrétien Abide With Me est chanté avant que les marins déposent les cercueils dans les fosses. Enfin, des soldats tirent les volées de coups de feu traditionnelles.

"Des milliers de gens viennent assister à l'interminable et sinistre convoi mortuaire qui traverse la campagne jusqu'au cimetière. A la vue des petits cercueils, ils ont bien du mal à retenir leurs larmes"
Daily Mirror, 11 Mai 1915

Militaires, rescapés, journalistes et anonymes assistent à la triste cérémonie, l'atmosphère est chargé en émotion. Et pour cause, la vision des innombrables cercueils amassés les uns sur les autres dans les immenses fosses fait apparaître le naufrage de Lusitania dans toute son atrocité. A Kinsale, les funérailles de trois victimes à lieu le même jour avec une procession similaire également composée de militaires et des autorités. Puis un peu partout dans les jours qui suivent, des messes solennelles sont organisées, certaines plus officielles que d'autres, comme celle de l'Abbaye de Westminster à Londres. La capitale anglaise voit d'ailleurs un important cortège précédé d'une maquette géante de Lusitania défiler dans ses rues. Le processus d'identification continue bien après l'enterrement avec les photos des dépouilles envoyées aux familles des victimes qui reconnaissent un proche dans une description publiée par la Cunard. Ainsi, certains corps réclamés par les familles sont retirés des fosses communes. C'est le cas de celui de George Tiberghien, passager de première classe d'origine française âgé de 32 ans, identifié le 14 Mai 1915 et ensuite réenterré en France. Il en est de même pour la dépouille du jeune Alfred S. Whiterbee Jr. âgé de 4 ans, enterré dans une sépulture privée un mois après le naufrage.



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