"Nous regardions la funèbre procession des bateaux qui déposaient les rescapés et les morts sur les quais [...] ils débarquaient des femmes blessées qui convulsaient, des hommes paralysés à moitié nus et des enfants morts aux yeux grands ouverts"
Wesley Frost, consul américain à Queenstown


L'horreur du drame est sur le point de prendre toute sa dimension. Non loin des lieux de la catastrophe, dans les petites villes portuaires de Queenstown et Kinsale en Irlande, la nouvelle se répand rapidement; aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est bien le célèbre Lusitania qui vient de sombrer à quelques milles de la côte. L'organisation est longue et confuse dû à l'incertitude quant à la présence de sous-marins torpilleurs sur les lieux du naufrage. Quelques chalutiers, comme le steamer Wanderer, n'hésitent cependant pas à se rendre sur place aussitôt le paquebot disparu sous les flots. Mais le sauvetage s'avère tout à fait inadapté pour une catastrophe de cette envergure; des victimes passent plus de cinq heures dans l'eau et beaucoup meurent d'hypothermie, d'autres succombent à leurs blessures à bord des navires leur ayant porté secours - au moins deux amputations ont lieu - avant même d'atteindre Queenstown. Ce n'est pas avant la fin de l'après-midi aux alentours de 16h00, soit deux heures après le torpillage, que toute une armada de remorqueurs, de bateaux de pêche et de petits chalutiers partent pour remorquer les canots et repêcher rescapés et corps sans vie. Ces derniers sont débarqués sur les quais des bureaux de la Cunard à Queenstown toute la nuit durant. Les quais sont éclairés par des torches et une foule de villageois assiste à la scène; le plus sinistre des silences règne. Wesley Frost, consul américain sur place raconte "Nous regardions la funèbre procession des bateaux qui déposaient les rescapés et les morts sur les quais [...] ils débarquaient des femmes blessées qui convulsaient, des hommes paralysés à moitié nus et des enfants morts aux yeux grands ouverts".

"De nombreux survivants succombent à leurs blessures même après avoir pu rejoindre Queenstown; des foules morbides errent dans les morgues temporaires où les corps attendent d'être identifiés."
Patrick O'Sullivan, "The Lusitania : Unravelling The Mysteries"


Dans un élan d'hospitalité collectif, les villageois de Queenstown viennent en aide aux victimes en offrant hébergement, nourriture et couvertures. Le Queen's Hotel - alors tenu par une famille d'origine allemande - est mis à l'entière disposition des victimes. Une chapelle ardente est aménagée ainsi que trois morgues dont une dans l'hôtel de ville pour une quarantaine de corps. On rencense un total de 764 rescapés dont 178 de première classe, 374 de seconde, 239 de troisième et 404 membres d'équipage parmis lesquels se trouve le commandant Turner. Le décompte des victimes ne cesse d'augmenter de jour en jour jusqu'à atteindre le terrible nombre de 1.198. En Angleterre, une foule de gens se rendent au siège de la Cunard à Liverpool pour obtenir des informations sur un ou plusieurs proches ayant participé à la traversée tragique.
Deux survivantes à Queenstown
Des files d'attente interminables se forment, des parents désespérés passent des journées entières dans l'attente de mises à jour et de nouvelles listes de survivants. Alfred Vanderbilt, Charles Klein, Elbert Hubbard et son épouse ainsi que Charles Frohman, eux qui étaient les célébrités du voyage n'ont pas plus de chance que les autres, seules les dépouilles de Klein et Frohman sont retrouvées. Commence alors à Queenstown la difficile étape de l'indentification et de la récupération des corps; les rescapés parcourent les rangs de dépouilles entreposées sur le sol. Très peu retrouvent leurs proches car sur les 1.198 disparus, seulement 169 corps sont ramenés à Queenstown. Lusitania, un nom autrefois synonyme de prestige et de fierté nationale est désormais l'épitaphe d'un effroyable drame humain.

A voir également :
| Queenstown, la ville des morts | Les conséquences du naufrage | L'enterrement des victimes | Récupération des corps |