"Le prestige social qu'offrait un voyage à bord de Lusitania était immense"
Diana Preston, "Lusitania, an Epic Tragedy"



Les ponts supérieurs sont dédiés à la première classe
Lusitania est une véritable ville flottante, il peut accueillir environ 3000 personnes à son bord. Les passagers sont départagés dans trois classes sociales selon les standards de l'époque; la première classe (nommée classe salon chez Cunard), la seconde classe et la troisième classe. Conformément au modèle instauré à bord des transatlantiques du début du siècle dernier, chaque classe est munie de sa propre salle à manger, de son propre pont promenade et de ses propres salons dont la taille équivaut le prix dépensé pour le ticket. Plus celui-ci est élevé, plus la cabine est grande et plus elle est située en hauteur par rapport au niveau de la mer. Les passagers de différentes classes ne se côtoient guère et même si la visite d'un pont supérieur est possible sur invitation et avec l'accord du stewart en chef, cette pratique est rare et peu encouragée. Les ponts A à C (respectivement appelés Boat deck, Promenade deck et Shelter deck) sont presque entièrement dédiés aux quartiers des première classe avec leurs salles communes et les suites de luxe. Celle-ci occupe ainsi trois ponts sur six pour une capacité
Pont promenade de première classe
d'accueil de 563 passagers tandis que la troisième classe, qui peut loger jusqu'à 1138 personnes, n'en occupe que deux. Le pont D (Upper deck) est très représentatif de l'espace alloué à chaque classe à bord de Lusitania et des transatlantiques de la même époque. En effet, il abrite les trois salles à manger; celle de la première classe est située au centre, où le navire est le plus stable. La salle à manger de la seconde classe est à l'arrière où le roulis est moindre, tandis que celle de la troisème classe se trouve à l'avant, où les mouvements de la mer se font le plus ressentir. Les pont E et F (Main deck, Lower deck) abritent quand à eux les cabines de seconde et troisième classe ainsi que les quartiers du personnel. La plupart sont des cabines intérieures sans hublot, certaines peuvent accueillir jusqu'à 8 occupants. Sur les ponts inférieurs les cabines sont rarement mixtes, les femmes voyageant seules séjournent avec d'autres femmes. Il en va de même pour le personnel féminin qui est logé près des quartiers des première classe afin d'éviter toute visite nocturne de la part des hommes d'équipage.



"Les dames habillées à la dernière mode de Paris ne manqueraient pour rien au monde d'effectuer une entrée remarquée dans la salle à manger."



Les passagères dédient un temps
considérable à l'habillage
En classe salon, le décor adopté s'inspire de styles anciens contrastant avec la machinerie ultra-moderne qui règne dans les entrailles de Lusitania. Ses intérieurs n'ont rien à envier aux grands hôtels à terre avec d'immenses cheminées de marbres, de riches revêtements, des colonnes monumentales et d'innombrables oeuvres d'art. En sept ans de carrière, Lusitania voit défiler un nombre considérable de personnalités et d'aristocrates; les repas mondains composés de ministres, sénateurs, actrices ou riches industriels sont chose commune sous le dôme de la salle à manger des première classe. L'opulence d'une traversée à bord de Lusitania n'a pas de limites, tout comme le prestige social qu'elle fait bénéficier à ses passagers. Sur les ponts supérieurs, les dames dédient un temps considérable à l'habillage. Il faut jusqu'à cinq changements de tenue par jour pour justifier les dizaines de bagages emportés, sans compter ceux qui restent en soute étiquetés d'un "non requis pendant le voyage". Chaque événement nécessite une tenue différente, de la promenade matinale sur le pont après le petit déjeuner jusqu'au concert du soir.
Les repas mondains sont chose commune à bord
Le dîner est un véritable rituel où les dames habillées à la dernière mode de Paris ne manqueraient pour rien au monde d'effectuer une entrée remarquée dans la salle à manger. Parmis les toilettes éblouissantes des passagères, les hommes portent le smoking et le noeud papillon comme l'exige la tradition. Parce que la machinerie et le fonctionnement du paquebot fascinent de nombreux passagers en ces temps de révolution industrielle, ces derniers raffolent des visites guidées par l'équipage. Le commandant est une personnalité très respectée, il est selon la coutume le seul maître à bord, le "Master before God". Dîner à sa table est un privilège; illustre homme de mer, il est aussi un véritable personnage. A la barre de Lusitania pendant plus d'un an, le capitaine Daniel Dow est connu pour raconter des histoires captivantes à ses convives. Le commandant William Turner, dernier maître du Cunarder, est quant à lui un véritable loup de mer qui préfère éviter les mondainités. Lorsque l'épouse d'un riche passager de première classe lui demande si elle peut visiter la passerelle, Turner lui indique que seul un responsable de la navigation du paquebot y est autorisé. La passagère lui demande alors si il changerait d'avis si "une Dame devait insister pour visiter la passerelle". Ce à quoi le commandant Turner répond, "Madame, pensez-vous qu'il s'agirait d'une véritable Dame ?".



"Des milliers de spectateurs, poussés par l'intense campagne publicitaire de la Cunard, s'étaient rassemblés des deux côtés de l'Hudson pour venir contempler Lusitania."
David Ramsay, "Lusitania, Saga & Myth"



Le Cunard Bulletin est imprimé à bord
Doté d'un service à la clientèle irréprochable conforme à la réputation de la Cunard, Lusitania met à disposition de ses passagers toute une série d'installations à succès telles que les salons de barbier situés en première et en seconde classe. Le paquebot est aussi doté de son propre hôpital, offrant des soins médicaux gratuits. Situé au pont C, il comprend 24 lits et est divisé en quatre services en plus d'une section isolée se trouvant à l'avant du navire en cas de virus contagieux. Chaque jour, le Cunard Bulletin est imprimé à bord et distribué aux passagers, celui-ci contient notamment les dernières nouvelles en provenance du continent préalablement télégraphiées à bord ainsi que la liste des événements se déroulant pendant le voyage comme le concert ayant lieu durant la dernière soirée de chaque traversée ou le service religieux du dimanche matin. Lors du dernier voyage de Lusitania en Mai 1915, le bulletin retranscrit les dernières nouvelles du front et l'évolution du conflit en Europe. Tandis que les messieurs se rafraîchissent ou jouent aux cartes au fumoir, les passagères préfèrent le salon de lecture où des livres peuvent être empruntés. La compagnie insiste pour que ceux-là soient rendus avant la fin de la traversée; si ce n'est pas le cas, le prix du livre est retenu sur le salaire du stewart en charge. Bien que pour la première fois à bord d'un transatlantique européen les passagers peuvent transmettre des télégrammes avec la TSF, la pratique veut qu'une lettre soit envoyée aux proches avant de rentrer. Ainsi, les enveloppes et le papier sont disponibles gratuitement; certains menus sont même ornés d'une carte postale détachable. D'autres cartes à l'éffigie de Lusitania ou de la Cunard peuvent être achetées auprès du stewart du salon de lecture.



"Les menus de première classe rivalisaient avec ceux des meilleurs restaurants à terre."
David Ramsay, "Lusitania, Saga & Myth"



Menu de première classe
Lusitania est doté d'immenses cuisines pouvant concocter pas moins de 10.000 repas par jour. Celles-ci sont accompagnées de gigantesques réfrigirateurs, offices et fournils. Les gardes-manger caverneux peuvent transporter plusieurs tonnes de vivres parmis lesquelles on trouve pour les besoins d'une seule traversée quelques 40.000 oeufs, 12 tonnes de viande, 2 tonnes de poisson frais, 2 tonnes de bacon et de jambon, 30.000 pains, 2 tonnes de café, 1000 ananas, 1000 citrons, 230 kilos de raisins, 11.000 litres de lait et 2000 litres de crème. Comme tout palace flottant qui se respecte, Lusitania se doit d'émerveiller les passagers par ses prouesses gastronomiques. Alors que le caviar et le champagne coulent à flot sur les ponts supérieurs, les passagers de troisième classe bénéficient également de repas riches et variés. La plupart des menus sont rédigés en langue française, ceux de première classe comportent les plats les plus fins et les plus élaborés; ris de veau à la toulousaine, galantine de dinde et ses oeufs en gelée, côtelettes d'agneau Maréchal. Le caviar, les huitres, le homar, les petits fours et les potages diverses sont des éléments récurrents sur les menus de classe salon. Le repas est naturellement accompagné par les meilleurs vins français et italiens. La seconde classe offre des plats plus proches des repas traditionnels anglais et américains. Le petit déjeuner est composé d'omelette, bacon, haddock grillé et scones. Les dîners sont quant à eux plus sophistiqués avec par exemple : filets de plie et oies rôties. Les passagers de troisième classe bénéficient aussi de quatre repas, matin, midi, après-midi et soir avec, entre autres, steaks, saucisses, poisson grillé, irish stew et fritures diverses, le tout accompagné de pain, de beurre et de confitures à profusion.





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